Changements sociaux et nouvelle évangélisation

(Conférence de Monsieur l'Abbé Bertrand TSALA TSALA, Doyen de la faculté théologique de l’Université Catholique d’Afrique Centrale (UCAC), Yaoundé, à la 10e Assemblée des missionnaires Oblats de Marie Immaculée (OMI), Garoua 21 février 2013) -

Conférencier Tsala Tsala Bertrand

10e Assemblée | Mot Provincial | Mot Coordonnateur Associés | Changements sociaux

SOMMAIRE - 10e Assemblée OMI -

  1. Sur le plan politique : l’esprit démocratique
  2. Les moyens de communication
  3. La mondialisation
  4. La sécularisation
  5. Indifférentisme religieux et foisonnement des sectes
  6. L’économie capitaliste
  7. L’élévation du niveau de scolarisation
  8. L’importance de la jeunesse
  9. Conclusion

[Introduction]

[Révérend Père] Vicaire général des Oblats de Marie Immaculée,
Révérend Père Provincial,
Chers missionnaires oblats de Marie Immaculée appartenant à la province du Cameroun venus du Cameroun, du Nigeria et du Tchad,

Tsala Tsala BertrandJe vous remercie  de tout cœur pour m avoir associe a cette grande assemblée provinciale. Rendons grâce au Seigneur pour tout le beau travail que les Oblats de Marie Immaculée ont généreusement accompli dans vos lieux d apostolat respectifs et surtout dans cette partie du Cameroun qu’on n’imaginait pas très propice à l’enracinement du christianisme Grâce a votre persévérance, votre témoignage  jusqu’ au martyre parfois sanglant comme celui de Mgr Yves Plumey ! Je remercie également le Révérend Père provincial et les organisateurs de cette assemblée qui m’ont demandé de délivrer un entretien sur les changements survenus dans nos milieux d’apostolat au cours de ces dernières décennies. Je vous invite  a faire une première station méditative sur la renonciation du St Père au ministère pétrinien ! Le Pape Benoît XVI, en renonçant  la semaine dernière à l’exercice  du ministère pétrinien, déclarait :

Dans le monde d’aujourd’hui, sujet à de rapides changements et agité par des questions de grande importance pour la vie de la foi, pour gouverner la barque de Saint-Pierre et annoncer l’Évangile, la vigueur du corps et de l’esprit est aussi nécessaire, vigueur qui, ces derniers mois, s’est amoindrie en moi d’une telle manière que je dois reconnaître mon incapacité à bien administrer le ministère qui m’a été confié.

L’évangélisation qui est notre mission principale ne peut plus être accomplie en marge des préoccupations des hommes et des femmes de notre temps. L’apostolat au cœur de nos paroisses, écoles et œuvres doit nécessairement tenir compte de ces changements en cours dans la société.  La nouvelle évangélisation dont nous venons de célébrer le synode ne peut pas se déployer chez nous énergiquement et porter du fruit, si nous ne nous essayons pas pour examiner les nouvelles conditions dans lesquelles nous devons agir en tant qu’apôtres et disciples du Christ.

Dans cet exposé, nous voulons donner les éléments socioculturels et historiques qui marquent actuellement le Cameroun et dont on doit tenir compte pour  entrer de plain pied dans la nouvelle évangélisation.  Le second chapitre des linéamenta du synode sur la nouvelle évangélisation parle : « Scénarios de la nouvelle évangélisation ».

Aujourd’hui, les chrétiens  dans le monde entier  sont plongés dans une période de profonds changements historiques et culturels.   Le Concile Vatican II affirmait : « Le genre humain vit aujourd’hui un âge nouveau de son histoire, caractérisé par des changements profonds et rapides qui s’étendent peu à peu à l’ensemble du globe »(G.S n° 4) Ces changements dont nous parle le Concile se sont multipliés dans la période qui a suivi sa célébration. Ils n’induisent l’espoir, suscitent des attentes utopiques, engendrent également des craintes et sèment le scepticisme. L’Afrique et le Cameroun vivent eux aussi, des moments historiques, riches en changements, en tensions, en perte d'équilibres et de références. Les gens vivent l’instant   présent et nous sommes passés à l’ère du provisoire.   Cette situation rend toujours plus difficiles l'écoute, la transmission des valeurs de l’évangile, ainsi que le partage de valeurs sur lesquels construire le futur des nouvelles générations.  Nous allons faire l’effort d’identifier les principaux changements de société survenus ici au Nord Cameroun afin de faciliter le discernement pastoral.

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Raoul MARTIN


1) Sur le plan politique : l’esprit démocratique

Depuis le début de l’évangélisation de notre pays, les missionnaires Oblats de Marie Immaculée, ont assisté à la lente  construction de l’Etat du Cameroun et à sa maturation progressive. De nombreux défis ont été affrontés tels que: la constitution d’une administration, l’accession à l’indépendance et l’apprentissage des libertés individuelles et collectives. Aujourd’hui, l’un des plus grands changements survenus dans le champ politique au Cameroun est la démocratie. La démocratie a pour corollaires : le multipartisme, la liberté d’expression, la participation, la naissance d’une opposition et l’émergence d’un esprit dialectique ouvert à la discussion et quelques fois à la contestation  ouverte, plus ou moins violente des vérités considérées jusque-là comme acquises. L’esprit démocratique se propage progressivement dans toutes les sphères sociales : en famille, au bureau, en entreprise et même dans l’Eglise. Pour l’Eglise, les conséquences de cet esprit démocratique  doivent être  tirées. Est-il possible de continuer à évangéliser sans tenir compte de l’habitude forgée par la démocratie à solliciter la participation du peuple ? Peut-on continuer à évangéliser sans inviter le chrétien à dire son mot ou  sans l’amener à se sentir partie prenante de la décision finale qui conditionnera l’avenir de la communauté tout entière ? On se rend donc évidemment compte que le concept d’Eglise peuple de Dieu développé par le Concile Vatican II a quelques racines dans cet esprit démocratique qui invite à la participation de tous à l’édification de la cité, chacun selon son charisme. Bref, l’esprit  démocratique ne peut plus être ignoré ou sous estimé dans la pratique pastorale. Le pasteur devra désormais accepter quelquefois  de faire preuve  de collaboration avec les forces vives de la localité et de la paroisse, notamment avec les laics quil faut impliquer massivement dans la pastorale, il faut aussi de notre part, plus d’ouverture d’esprit qu’auparavant, il faudra aussi pratiquer la dialectique avec souplesse, accepter acceptera d’être contrarié dans ses enseignements sans nécessairement brandir la menace d’excommunication surtout si le chrétien de plus en plus cultivé aujourd’hui a raison; Cependant, à partir d’un savoir assuré et rassurant, enseigner, convaincre par des arguments et le témoignage en homme qui a autorité.

En outre, la politique est l’art de gérer la cité. Selon le mot du Pape Paul VI, c’est le lieu où le chrétien peut exercer avec beaucoup de fruits la charité car c’est là que se prennent les plus grandes décisions qui conditionnent la vie des individus. C’est là qu’on peut défendre au mieux les droits de la personne humaine et sa dignité d’être créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Et c'est sur cette scène que doivent se mouvoir l'engagement pour la paix, le développement et la libération des peuples ; l'amélioration des formes de gouvernement mondial et national ; la construction de formes possibles d'écoute, de vie en commun, de dialogue et de collaboration entre les différentes cultures et religions ; la sauvegarde des droits de l'homme et des peuples, en particulier ceux des minorités ; la promotion des plus faibles ; la protection de la création et l'engagement pour l'avenir de notre planète : tels sont les thèmes et les secteurs que doit éclairer la lumière de l'Évangile.

Or deux attitudes caractérisent encore le chrétien laïc face au monde politique: la méfiance et l’ignorance. Peut-on poursuivre  avec fruit l’évangélisation de ce pays sans décomplexer le chrétien vis-à-vis du monde politique et sans  se préoccuper de la formation des laïcs qui y sont ou seront engagés ? La démocratie est également caractérisée par la liberté d’expression et la prolifération des moyens de communication sociales qui représentent pour nous, un second défi pour l’évangélisation dans nos milieux d’apostolat.

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Edmond HINGBO


2) Les moyens de communication

Les moyens de communication sociale offrent aujourd'hui d'immenses possibilités et constituent l'un des grands défis qui interpellent l’Eglise dans le cadre sa mission évangélisatrice. Il y a de cela quelques années, l’ordinateur n’existait pas, ni les téléphones portables avec toutes leurs possibilités. Aujourd’hui, ici au nord Cameroun, en plus de la CRTV, d’autres de chaînes de Télévision et de radios nationales ou internationales peuvent être captées dans nos paroisses et parfois jusque dans les petits villages. Les sectes ont leurs télévisions et ceux parmi vous qui viennent du Nigeria ne me démentiront pas ! Emmanuel TV et les autres carburent à longueur de journée, diffusant des vérités religieuses frelatées ; tout ce qui précède influence lourdement les attitudes des chrétiens catholiques !

De nos jours, il n'existe aucun lieu au monde qui ne puisse être atteint et, donc, être influencé par la culture médiatique et numérique. Dans l’organisation politique de la cité, on reconnaît généralement l’existe, ce de 3 pouvoirs : Législatifs, Exécutif et judiciaire. Cependant, tout le monde s’accorde pour reconnaître qu’il existe un quatrième pouvoir très puissant ; le pouvoir des médias. Ce dernier se structure toujours plus comme étant le « lieu » de la vie publique et de l'expérience sociale. Nous nous rendons compte que lorsqu’on n’est pas présent dans les medias, on n’existe presque pas ! Notre université forme très bien les africains, mais elle n’est pas classée parmi les meilleures universités du monde parce quelle ne bénéficie pas dune grande visibilité sur le net !

Aujourd'hui, les mass medias sont capables d'influencer de larges parties des pays en voie de développement. On peut fabriquer un chef d’Etat à partir des médias (Sylvio Berlusconi en Italie…) Les bénéfices de la culture médiatique sont évidents : un plus grand accès aux informations, davantage de possibilités de connaissance et d'échanges, de nouvelles formes de solidarité, de capacité de construire une culture toujours plus de dimension mondiale, véhiculer des valeurs  pour les transformer en patrimoine commun.

Toutefois la diffusion excessive d'une telle culture comporte des risques : concentration égocentrique profonde sur soi et sur les besoins individuels uniquement;   exaltation de la dimension émotive dans la structuration des rapports et des liens sociaux ; perte de valeur objective de l'expérience de la réflexion et de la pensée ; diffusion d'une aliénation progressive de la dimension éthique et politique. On aboutit à la culture de l'éphémère, de l'immédiat, de l'apparence, c'est-à-dire une société incapable d'avoir une mémoire et un futur. Dans un tel contexte, la nouvelle évangélisation demande aux chrétiens qu'ils aient l'audace d'habiter ces « nouveaux aréopages », en trouvant les instruments et les itinéraires permettant de pouvoir faire entendre aussi dans ces lieux ultramodernes, le patrimoine éducatif et de sagesse conservé par la tradition chrétienne.

Les missionnaires Oblats de Marie Immaculée ne peuvent plus évangéliser efficacement en restant enfermés dans les limites de leurs communautés, mais en acceptant le défi de pénétrer dans les médias, pour  y prendre la parole et apporter  la bonne nouvelle et le témoignage du dedans.

Ceux qui travaillent avec les jeunes savent combien ils sont connectés au net et à la télé. On sait quel est l’effet des films et des feuilletons sur la jeunesse surtout féminine. Il est peut-être temps pour nos diocèses, de penser à la pastorale dans le monde des communications sociales et surtout du numérique. Nous savons tous ce que le numérique a pu opérer comme mobilisation lors des récentes révolutions dans le monde arabe.  Comme le soulignait la Pape Benoît XVI, les mass médias sont devenus les nouveaux aréopages des temps modernes que l’Eglise doit investir. Quelle est le niveau de présence de notre Eglise dans les médias : journaux paroissiaux, blogs paroissiaux ou diocésain, les télévisions nationales et régionales ? Soit dit en passant, à Yaoundé, un certain vendeur d’illusions Tsala ESSOMBA, le gourou de la secte « Va et raconte » a reussi a conquérir 3 heures d’antenne à Canal II par le biais de ses relations. Il arrose la capitale de ses messages à la doctrine douteuse. C’est ce que les gens consomment. N’avons-nous pas nos paroissiens dans le monde des médias ? N’avons-nous réellement aucun moyen, même par le biais de nos partenariats avec les Eglises sœurs d’acquérir des tranches d’antenne au niveau des mass médias existants en attendant la création d’une radiotélévision provinciale e ?  Je me suis apaisé en constatant que les OMI étaient déjà présents dans le monde numérique avec leur site web et leur adresse mail. Un seul mot, continuez ! Nous sommes déjà dans la mondialisation qui est aussi l’un des virages les plus spectaculaires qu’a connu notre époque, avec des conséquences très fortes pour l’évangélisation de nos peuples.

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Philippe ALIN


3) La mondialisation

Les linéamenta du synode sur la nouvelle évangélisation  évoquent un autre scénario très important qui aura caractérisé notre temps: la mondialisation. Ce phénomène est caractérisé par une mobilité spectaculaire des personnes, des biens et des idées. Par ailleurs, il  y a aussi dans la mondialisation comme une espèce de dépassement ou de suppression des frontières physiques pour que se développent des  échanges libres des idées et des styles de vie sans intervention d’une autorité répressive. Il s’agit d’un phénomène planétaire dont les conséquences sont déjà aussi visibles chez nous au Cameroun  et dans l’église. Lorsque la province s’enracinait ici au Cameroun en 1946, les grandes villes que nous avons actuellement au nord n’avaient pas encore l’envergure qu’elles ont actuellement. Les villages d’antan sont devenus de grands quartiers et des lieux de rencontre. Les paroisses crées par les oblats à la périphérie de certaines villes sont désormais situées en zone urbaine. Avec cette croissance, on constate qu’il y a une grande ouverture au monde. On observe aussi un grand mélange de peuples et d’adeptes de religions. A Garoua, on reconnaît par exemple que dans le passé, il y avait carrément des quartiers musulmans et des quartiers chrétiens. Aujourd’hui, on assiste à un véritable melting pot culturel et religieux. Les relations entre les chrétiens et les musulmans sont plus marquées par  la recherche d’une meilleure connaissance mutuelle, le dialogue, les échanges multiformes et la collaboration. Les musulmans envoient leurs enfants à l’école catholique et vice-versa.
Positivement pour l’Eglise, avec une telle ouverture, la mondialisation lorsqu’elle est bien exploitée, peut permettre au message de l’évangile d’atteindre l’humanité entière. L’Internet  et le téléphone portable qui sont les premiers vecteurs de la mondialisation favoriseront à coup sûr l’évangélisation tout comme l’imprimerie permit la diffusion de la Bible.

La mondialisation favorise également le nomadisme humain ; cet important phénomène migratoire qui pousse   des personnes à quitter leur pays d'origine et à vivre dans des contextes urbanisés, en modifiant la géographie ethnique et religieuse des villes, des pays et des continents. Il entraîne une rencontre et un mélange des cultures que nos sociétés ne connaissaient pas depuis des siècles. Surviennent donc  négativement, des formes de contamination des cultures et d'émiettement des valeurs et des références fondamentales de la vie. On aboutit du coup à un climat culturel  et religieux de fluidité  extrêmes  et parfois de confusion qui laisse toujours moins de place aux grandes traditions, y compris celles religieuses, et à la tâche qui est la leur de structurer objectivement le sens de l'histoire et les identités des sujets. L’une des conséquences négatives de la mondialisation est l’affaiblissement des cultures pauvres, des identités religieuses et la perte de sens.

La mondialisation  donc aussi une réalité difficile à déchiffrer ; un phénomène qui exige des chrétiens un important travail de discernement. La mondialisation peut être lue comme un phénomène négatif si son, interprétation est liée uniquement à la dimension économique et productive. Mais elle peut être lue comme un moment de croissance, où l'humanité apprend à développer de nouvelles formes de solidarité et de nouvelles voies pour partager le développement de tous au bien. Dans un tel cadre, la nouvelle évangélisation nous permet d'apprendre que la mission n'est plus un mouvement Nord-Sud ou Ouest Est, parce qu’il faut s’affranchir des frontières géographiques. Aujourd'hui, la mission est dans les cinq continents.   S’affranchir des frontières géographiques signifie avoir les énergies pour poser la question de Dieu dans tous ces processus de rencontre, de brassage, de reconstruction des tissus sociaux actuellement en œuvre dans chacun de nos contextes locaux. La mondialisation a un lien avec la sécularisation qui n’est pas seulement un phénomène occidental.

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Roland CHRIST


4) La sécularisation

Les linéamenta évoquent parmi les scénarios qui rendent urgente la nouvelle évangélisation, la sécularisation. La sécularisation se présente aujourd'hui dans nos cultures à travers l'image positive de la libération, de la possibilité d’imaginer la vie du monde et de l'humanité sans se référer à Dieu. Cette sécularisation n'assume plus la forme publique des discours directs   contre Dieu, la religion et le christianisme. Elle a plutôt adopté un ton humble qui a permis à cette forme culturelle d'envahir la vie quotidienne des personnes et de développer une mentalité dans laquelle Dieu est absent, en tout ou en partie, de l'existence et de la conscience humaine. La sécularisation  est entrée dans la vie des chrétiens et des communautés ecclésiales, en devenant désormais  une menace interne pour les croyants et une arène de confrontation quotidienne.

La sécularisation véhicule  le relativisme, met en discussion le rapport homme femme, et le sens de la génération et de la mort.

Les caractéristiques d'une compréhension sécularisée de la vie sont nombreuses : forte influence de la culture de l'image, mentalité hédoniste et consumériste dominante, dérive vers la superficialité, égocentrisme tenace, culte stérile de la personne, perte des éléments fondamentaux de la grammaire de la foi, avec, pour conséquence l’atrophie spirituelle, vide du cœur et chute dans le spiritualisme flou.

Nos villages et quartiers sont désormais mis à dure épreuve et parfois même radicalement transformés par la diffusion incessante de l'indifférence religieuse, de la sécularisation et de l'athéisme. Souvent, l'image qu’on y a de la foi chrétienne est déformée par la caricature et par les lieux communs diffusés par la culture, dans une attitude de détachement indifférent, sinon de contestation.  

Bref,  avec le sécularisme, le devoir d'évangéliser se trouve face à de nouveaux défis, qui mettent en discussion les pratiques  pastorales habituelles et affaiblissent les méthodes  standardisées. Du coup, l'Église est obligée de se poser des questions sur le sens de ses actions quant à l'annonce et à la transmission de la foi.

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Alexis ATANGANA


5) Indifférentisme religieux et  foisonnement des sectes

En plus de la sécularisation et l’athéisme larvé, il y a le phénomène de l’indifférentisme religieux et du foisonnement des sectes. Comme on peut l’observer clairement, certaines de nos églises sont pleines à craquer.  Mais en même temps, on observe partout en Afrique une prolifération de ce qu’il est convenu d’appeler les « Nouveaux Mouvements Religieux » et que nous nommons secte. La marche triomphale de ces sectes   est certainement due  à plusieurs raisons : mondialisation destructrice de frontières de toutes sorte, la crise de quelques religions historiques au nombre desquelles, notre propre religion,  la misère matérielle, l’immaturité intellectuelle,   anémie  spirituelle  et ce que Mgr Jean ZOA appelait l’enflure de l’irrationnel (Croyance démesurée aux effets néfastes de la sorcellerie, déterminismes métaphysiques, refus ou négation de la rationalité ect…)de  certains convertis au christianisme, mais aussi et surtout, le désir pour beaucoup de trouver un refuge sécurisant et de fuir leurs responsabilités dans une société de plus en plus compétitive et sélective. L’attrait exercé par les sectes nouvelles est parfois dû en grande partie à leur réputation de prévenir ou de guérir la maladie. En Afrique, cette présomption positive s’accompagne de la garantie de « blindage » face à la nébuleuse de la sorcellerie dont le regain de vitalité s’opère généralement en contexte de misère matérielle rampante saupoudrée d’ignorance.

Le professeur Eloi Messi Metogo a mis en relief la possibilité de la mort de Dieu chez nous en Afrique.  On dit l’Africain incurablement religieux, mais quel est le Dieu qu’il préfère. Celui  de Jésus Christ avec son salut à la fois terrestre et eschatologique  ou alors celui digital qui répond du tic au tac à nos demandes ? La recherche du Dieu de l’efficacité immédiate est presque une obsession pour nos peuples. Et quelques fois, beaucoup pensent que notre Dieu a parfois des problèmes d’audition. Et on fait vite de l’abandonner pour aller à la recherche de quelques divinités traditionnelles ou sectaires plus opérantes.  Bien entendu, le foisonnement des sectes n’est pas  le même partout parce que les moyens financiers recherchés ne sont pas partout présents à profusion. Mais l’évangélisation  doit tenir compte de cette mutation fondamentale qui s’opère déjà.  C’est en acceptant la confrontation avec ces formes larvées de nomadisme religieux et d'athéisme larvé que l’Eglise en Afrique  peut aussi poser avec fruit les bases de la nouvelle évangélisation.

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Hervé GIVELET


6) L’économie capitaliste

Un autre scénario dont les changements marquent l'action évangélisatrice de l'Église est la scène économique.  Le magistère de l’Eglise a toujours dénoncé l’écart toujours grandissant entre les riches et les pauvres. La crise économique dans laquelle nous nous trouvons – une crise toujours en acte – signale le problème de l'utilisation des forces matérielles, qui ne parvient pas à trouver les règles d'un marché mondial capable de protéger une vie en commun plus juste. Par ailleurs, l’évangélisation des peuples dont nous avons la charge peut être fortement conditionnée par la situation matérielle des personnes à évangéliser. Nos enquêtes auprès des natifs du Nord et de l’extrême nord du Cameroun nous ont révélé que  de nombreux catholiques se convertissent à l’Islam parce qu’ils admirent les richesses et la notoriété de la grande élites musulmane du Nord. ; parce qu’ils espèrent avoir un travail, une position sociale enviable et  surtout de l’argent. Les biens économiques attirent donc les jeunes à la religion et l’évangélisation doit pouvoir en tenir compte. Bien que la communication médiatique quotidienne réserve toujours moins de place à une lecture de ces problèmes à partir de la voix des pauvres, on attend encore beaucoup des Églises en termes de sensibilisation et d'action concrète.

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Jan KOBZAN


7) L’élévation du niveau de scolarisation

Au nord Cameroun, il y a encore peu de temps, on parlait du faible niveau de scolarisation et même du refus de scolarisation. Actuellement, une révolution copernicienne est en train de s’effectuer dans le domaine de l’éducation. Les établissements maternels, primaires et secondaires se multiplient et surtout, les institutions académiques supérieures s’imposent progressivement.au nord Cameroun pour ne prendre que cet exemple qui peut aussi être vrai pour le Tchad et le Nigeria, en plus de l’université d’Etat de Ngaoundéré, la création d’une université à Maroua en est la preuve.  L’Eglise Catholique doit s’assurer un moyen de présence dans ces milieux où se forme l’élite du coin. Sinon, les ésotérismes importés ou locaux, les francs-maçons et les rosicruciens vont occuper systématiquement le terrain de l’évangélisation et annuler les efforts accomplis par les Oblats de Marie Immaculée et les autres agents pastoraux.

Mes chers mis, nous ne pouvons pas laisser que le monde universitaire se construise sans l’Église ! Ce serait une erreur pastorale grave que d’arrêter d’encadrer cette jeunesse lorsqu’elle a atteint l’université et au moment ou elle e le plus besoin de nous !

Pour avoir été aumônier a l’université catholique d’Afrique centrale pendant plus de sept ans, je sais quels pauvreté on peut rencontrer dans les milieux ou se forment les décideurs de demain ! Les grands génies et les prix Nobels de physique nucléaire et d’astronomie peuvent aussi être des nains spirituels et de grands anémies du point de vue de la foi ! Le monde universitaire fait partie des zones ou on trouve en abondance les nouveaux Lazares des temps modernes !

Ces lazares d’un genre spécial ont cependant besoin des pasteurs qui sachent leur tenir un langage audible, dans le style des amphithéâtres et des académies ! Ils ont besoin dune nourriture plus solide encore et convaincante ! Ce monde universitaire est l’arbre que vous avez si généreusement plante ici et la, mais qui a grandi et qu’il faut continuer a entretenir ! sil faut un échafaudage maintenant pour tailler ses branches qui vont dans tous les sens, ce n’est pas cela qui peut vous dépasser.

Une formation plus systématique, plus solide et plus approfondie des agents pastoraux sera nécessaire. Il faut nécessairement préparer des équipes de prêtres dépouillées de tout complexe d’infériorité devant les intellectuels à affronter la grave question de la pastorale en milieu universitaire ; la pastorale de l’intelligence !

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Joachim MANIANGA


8) L’importance de la jeunesse

Les politiques ont toujours déclaré que la jeunesse est le fer de la nation. Au sein même de l’Eglise, nous pensons que l’avenir de l’Eglise se trouve dans la jeunesse. Or une immense inquiétude habite les parents, les éducateurs et l’Eglise elle-même au sujet des jeunes au  égard à leurs comportements. Tout laisse croire qu’il n’y a pas grand-chose à espérer d’une jeunesse dont le comportement est caractérisé par la désinvolture, l’inconscience, l’indiscipline, la fuite de l’effort, la recherche  de la facilité et des raccourcis, le libertinage ou même le dévergondage sexuel, bref, l’immoralité.

Les jeunes aujourd’hui vivent dans un contexte d’incertitude et fragilité. En effet, dans le domaine culturel,

de nombreux facteurs concourent à dessiner un panorama culturel toujours plus fragmenté et en évolution continuelle et très rapide, à laquelle ne sont pas étrangers les médias sociaux, les nouveaux instruments de communication qui favorisent et parfois provoquent eux-mêmes, de rapides changements de mentalité, de moeurs, de comportement.

En outre, le domaine politique et économique  est marqué aussi par les difficultés des jeunes à trouver un travail.

Dans ce climat, les jeunes sont habités par « l’incertitude et la fragilité » qui les poussent souvent « à la marginalité », qui elle-même aboutit fréquemment « à des phénomènes de dépendance aux drogues, de déviance, de violence ».

Par conséquent, de nombreux jeunes baptisés dans l’Eglise catholique romaine sont tentés de rejoindre les nouveaux mouvements religieux que nous appelons vulgairement sectes. Dans ces sectes, on prétend guérir toutes sortes de maladies, on voit le diable partout et on prétend le chasser. On lui attribue la cause des échecs scolaires et de la non insertion dans le monde du travail. Les jeunes qui ne discernent pas et qui cherchent surtout la facilité, trouvent dans ces sectes, des boucs émissaires qui peuvent justifier leurs échecs. Mais généralement, après un certain temps, ils sont déçus.

Il faut cependant souligner les « phénomènes positifs » chez les jeunes, tels « les élans généreux et courageux de tant de jeunes volontaires qui consacrent aux frères nécessiteux leurs meilleures énergies; les expériences de foi sincère et profonde de tant de jeunes qui témoignent avec joie de leur appartenance à l’Eglise.

Il a évoqué « les jeunes de tant de pays du "Tiers monde", qui représentent, avec leurs cultures et avec leurs besoins, un défi pour la société de consommation globalisée, pour la culture des privilèges du monde occidental ».

Les cultures juvéniles deviennent "émergentes" aussi dans le sens où elles manifestent un besoin profond, une demande d’aide ou même une "provocation", qui ne peut pas être ignorée ou négligée, tant dans la société civile que dans la communauté ecclésiale ».

En conclusion, le monde des jeunes est une  réalité plus que jamais complexe mais aussi fascinante, qui doit être comprise de façon approfondie et aimée avec un grand esprit d’amour et de responsabilité.

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Marcel PIERRE


Conclusion

Mes chers frères et sœurs Oblats de Marie, vous avez déjà beaucoup donne de vous-même a l’Eglise du Cameroun, du Tchad et du Nigeria ! Les changements que nous venons à peine d’évoquer  sont dune très grande ampleur et peuvent nous effrayer, Mais n’ayons pas peur ! Le Christ nous rassure qu’il est avec nous jusqu’à la fin des temps !

Comptant sur la force du Saint Esprit, sur les secours de la Vierge Marie, n’ayons pas peur doser s’assoir pour réfléchir sur ces mutations en cours dans nos sociétés afin de mieux les comprendre, découvrir leurs origines, évaluer les opportunités que ces changements offrent a l’Eglise pour une meilleure évangélisation en nous demandant en quoi ils nous interpellent  et dans quelle mesure ils nous engagent a de nouvelles responsabilités ecclésiales en relation avec notre charisme !

N’ayons surtout pas peur de pénétrer ces changements avec lucidité et intelligence, pour les mettre au service de l’évangile ! A partir de la cherchons à explorer les nouveaux chemins de la mission en terre africaine afin de mieux porter l’évangile aux nombreux pauvres des temps modernes !

Examinons surtout les conversions individuelles, communautaires et surtout pastorales que nous suggèrent ces mutations sociales en cours dans nos milieux d’apostolat !

(Abbé Bertrand TSALA TSALA)

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