Justice et Paix: Expériences pastorales au Cameroun


Avec l’autorisation de l’auteur, ayaas.net avait publié il y a quelques années l’Avant-propos du document du père Marcel PIERRE, omi (1936), intitulé: «Comités paroissiaux Justice et Paix. Expériences pastorales au Cameroun». Il s’agit essentiellement d’un témoignage sur son expérience missionnaire à Meiganga, Ngong et Garoua. Omicameroun.com publie le même article dans le cadre de partage sur le Web d’expériences missionnaires.


(Un témoignage du Père Marcel PIERRE, omi)

D’avance, je tiens à m’excuser auprès  des lecteurs de ce document  si très souvent, trop souvent à mon avis,  je m’exprime à la première personne du singulier. Il faut savoir qu’une expérience vient du cœur, c’est très personnel. L’expérience d’un religieux, d’un prêtre, d’un missionnaire vient du plus profond de lui-même, de l’Esprit Saint qui agit en lui, le transforme et l’aide à réaliser sa mission. Raconter cette expérience, c’est prendre conscience de son identité devant Dieu, prendre conscience du Marcel Pierrechoix du Seigneur pour telle ou telle mission (ce n’est pas un hasard si le missionnaire se trouve à tel ou tel endroit, mêlé à tels ou tels évènements, etc., c’est la volonté du Seigneur). Finalement raconter son expérience, c’est prendre conscience de sa faiblesse, de ses manques  et demander pardon pour les péchés d’omission; raconter son expérience missionnaire, c’est une immense action  de grâce.

«Remerciez et priez le Seigneur qui m’envoie annoncer l’Evangile aux pauvres». C’est la devise inscrite sur mon image d’ordination presbytérale dans la Congrégation des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée (Solignac – 17 mars 1963). C’est dire ma volonté d’être proche des gens les plus simples, des pauvres aux multiples visages: les respecter, être avec, mêlé à la pâte, les aimer, pour «rendre les hommes raisonnables, puis chrétiens, enfin les aider à devenir des saints» (Préface des Constitutions et Règles des OMI; grandir par eux et avec eux, être libéré par eux et avec eux, être évangélisé par eux et avec eux.

Antécédents

1- Famille

Je suis né dans une famille de petits cultivateurs, dans un village de 350 habitants, dans l’Est de la France (6 enfants: 2 sœurs aînées, 3 frères; je suis le 5e); élevage d’une  douzaine de vaches laitières; quelques cultures de blé, avoine, orge, pommes de terre. Pendant les grandes vacances, je participe à tous les travaux des champs (foins, moissons, battage du blé, etc.) et surtout, je garde les vaches sur les terrains communaux. A l’âge de 8 ans, je suis témoin des atrocités et des restrictions de la fin de la guerre 39-44.

Ce que j’ai appris de ma famille: goût du travail manuel, pour vivre: on ne gaspille pas l’argent, on ne jette pas le pain; respect de toute personne et de ce qui lui appartient; grande valeur de la vérité: on est franc, on ne ment pas; foi chrétienne solide, traditionnelle, non remise en cause.

2- Formation

Ecole primaire publique au village jusqu’au CM2; petit séminaire à Luxzuil les Bains de la 6e à la 1e; séminaire de philosophie à Faverney (2e partie du bac et bac de philo scolastique). 1956-1957: noviciat à la Brosse-Montceux chez les Missionnaires Oblats de Marie Immaculée. 4 années de Théologie (interrompues par 28 mois de service militaire) à Solignac (1957-1963).

Ce que j’ai appris de cette formation première: travail, discipline, prière, vie communautaire: être attentif à tous mes frères; service du Seigneur et des autres.

3- Service militaire

28 mois en tout; 16 mois dans un Centre d’Instruction en Allemagne: 4 mois de formation commune de base, puis, 12 mois comme instructeur des jeunes recrues.

Guerre d’Algérie dans les Aurès (octobre 1959 à octobre 1960): un escadron d’environ 150 hommes dans le poste, à Timgad;  trois pelotons: je suis adjoint au chef du 3e peloton: opérations fréquentes et embuscades de nuit.

Ce que j’ai appris de ce temps de service militaire: profond respect pour les rebelles qui luttent pour une cause à laquelle ils croient. Respect du rebelle mort (je désapprouve et crie lorsque des camarades rapportent des oreilles de rebelles tués au combat). Respect des biens appartenant aux populations (je désapprouve et crie lorsqu’un chef demande à ses hommes de voler les poulets dans les mechtas (sarés). Je fais réfléchir des camarades qui torturent, en leur disant: «La torture n’est pas normale. Personne ne peut t’obliger à faire cela». Aide à ceux qui souffrent.

En décembre 1959, des rebelles coupent les poteaux du téléphone entre Timgad et Lambèze: par représailles, le Capitaine fait ramasser tous les hommes de quelques villages et les fait garder, pendant quelques jours, comme des prisonniers, dans le camp, sans manger; ils sont 30 ou 40. C’est la nuit de Noël et je suis de garde. Je réveille le cuisinier et lui demande des boules de pain; et je distribue une demie boule à chacun. C’est la lumière et la force de l’Esprit-Saint qui m’ont poussé à réagir et à oser ce geste de partage et d’amour. Conviction très forte que les armes ne peuvent faire régner la paix: la guerre, la violence ne sont  jamais une solution à un conflit.

4- Stage pastoral à Sarcelles Lochères (banlieue Nord de Paris) 1963-1965

Avant de partir au Cameroun (mission de la Briqueterie-Yaoundé) il m’est demandé de faire un stage pastoral. Prêtre omi, je fais partie d’une équipe de prêtres diocésains: prière ensemble, partage de la Parole de Dieu, de nos activités pastorales et du vécu de nos vies. Sarcelles Lochères est un grand ensemble, mal organisé, où arrivent de nombreux migrants venus de différentes nations. La priorité dans la pastorale est de créer des liens entre les gens, de faire des communautés, d’être attentifs aux plus petits, de se mettre ensemble pour réfléchir, agir et réagir; d’où équipes d’action catholique (JOC, ACO, ACI); d’où catéchèse des jeunes et enfants avec la formation de nombreux catéchistes. C’est le temps du Concile Vatican II: Eglise des pauvres, Eglise dans le monde de ce temps, responsabilité des laïcs, etc.

Ce que j’ai appris de ce temps de stage: attention aux autres, écouter les  faits, les situations de la vie quotidienne «la vie commande.  Mise en pratique de la méthode «voir-juger-agir»; ouverture au monde (vie économique, vie de la famille, communications, paix, culture…); œcuménisme.

5- Paroisse de la Briqueterie (Yaoundé) 1965-1973

Quartier populaire de la capitale du Cameroun. Attention aux plus petits; équipes de JOC (voir-juger-agir), Foyers Chrétiens, action catholique des enfants, catéchèse, formation des catéchistes. Groupes de prières dans les quartiers; préparation  d’une liturgie adaptée, etc. Responsabilité et animation d’une école primaire catholique (notre souffrance: les enseignants sont mal payés).

6- Paroisse «Notre-Dame des Apôtres» à Ngaoundéré (1973-1986)

La communauté chrétienne est composée de personnes de tous les niveaux sociaux: hauts fonctionnaires, enseignants, gendarmes, ouvriers, commerçants, etc. Option pastorale: connaître les fidèles dans leur quartier, les faire se regrouper par voisinage, quelle que soit leur ethnie ou leur niveau social. Une dizaine de groupes existent et font leur réunion, soit hebdomadaire, soit bimensuelle; à l’ordre du jour: prière, partage de l’évangile, échange sur la vie de famille, de quartier ou de service. Journée de formation des responsables, des catéchistes, des animateurs de la liturgie. Catéchèse des enfants et des jeunes, mouvements d’action catholique. Comme à la Briqueterie, responsabilité et animation d’une école primaire catholique. Les pères de la paroisse visitent de nombreux postes de brousse: Wakwa, Vodjoum, Dibi, Wassandé, Nyambaka, Belel, Koriong et Bakari-Bata, etc. De plus, ils sont responsables de l’apostolat à la prison. «Remerciez et priez le Seigneur qui m’envoie annoncer l’Evangile aux pauvres».

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