Martin Kedah Oblat africain à Pontmain

(Martin KEDAH, omi)

Martin Kedah est originaire du Nord-Cameroun. Ordonné prêtre l'an dernier [2012], il fait partie de l'équipe oblate qui anime le sanctuaire de Pontmain, en Mayenne. Nous l'avons interviewé.

Martin KedahAudacieux : Raconte-nous ta vie au sanctuaire...

M. Kedah : C'est essentiellement une pastorale de présence aux autres : accueillir les groupes, aller tout simplement à la rencontre des gens qui viennent comme touristes ou comme pèlerins. C'est comme ça que la rencontre se fait, et les gens repartent avec le sentiment d'avoir trouvé une oreille attentive. Et la paix et le calme du lieu fait qu'ils retrouvent aussi le chemin de la prière, un temps au calme pour un retour sur soi et pour prier.

Il y a également le sacrement de réconciliation, un lieu très important où l’on est à l'écoute des souffrances des gens. Certains en portent de très grandes, familiales ou professionnelles. Ils viennent se confier. Nous sommes parfois démunis par rapport aux réponses à apporter. Cela dit, c'est important d'entendre quelqu'un dire : « Merci de m'avoir écouté » et repartir souriant, « reboosté » en quelque sorte !

Audacieux : En quelques mots, quel est le message de Pontmain et son actualité ?

M.K. : C'est l'appel à la confiance en Dieu, qui se concrétise dans l'appel à la prière, même en période difficile : le sentiment que Dieu ne nous abandonne pas. Je pense que le message de Pontmain, c'est ça : « Il est avec nous ! » En période difficile, face à des difficultés de la vie (à l'époque la guerre de 1870, la famine, l'épidémie) la population était éprouvée dans sa foi. Les gens se demandaient si Dieu était encore avec eux. C'est à ce moment que la Vierge vient leur dire : Faites confiance ! Restez connectés à Dieu par le biais de la prière car il ne vous abandonne pas.

D'où la présence de la croix. Son actualité, c'est le fait que les souffrances existent encore aujourd’hui, sous d'autres formes, et que ce Dieu qui a agi par le passé n'a pas changé ! Il est toujours ‘’Dieu avec nous’’, et cette Vierge qui présente la croix, nous dit : Aujourd'hui encore, ce Dieu ne vous lâche pas. A vous de ne pas le lâcher ! Et le moyen de ne pas lâcher Dieu, c'est la prière. Tenir la main de Dieu, c'est ça, prier.

Alors, quand on vient avec nos souffrances, on n'a pas la solution. C'est à nous de tenir la main de Dieu car Lui est là, sans s'imposer. Je pense que c'est très actuel : On peut s'en sortir avec Dieu. C'est l'actualité du message !

Audacieux : un prêtre africain à Pontmain, ce n'est pas fréquent... Ta spécificité africaine te donne-t-elle un « plus » ?

M.K. : Oui, je pense que j'enrichis par ma différence ! Mon côté « spontanéité africaine » est plutôt bien reçu. Lors de célébration, j'essaie d'amener les gens à taper dans leurs mains, à mettre de la vivacité. Quand les gens me voient, ils me demandent comment ça se passe chez moi. Il y a cet enrichissement. Je suis très souvent appelé par les groupes qui viennent, surtout les jeunes, pour donner un témoignage missionnaire. Cette différence les intéresse. J'essaie de retracer l'itinéraire de ma vocation et la vie de l'Eglise là-bas chez moi au Nord-Cameroun.

Je suis resté africain, en tenant compte de la culture du coin. Les gens le sentent. Une fois, j'étais à St Sauveur à Rennes pour trois jours de prédication. A la fin, un des prêtres me disait : « On sent que tu es resté très africain et en même temps, on sent que tu as intégré la culture. » Il parlait de la longueur des homélies !

Audacieux : Autrefois, quand on évoquait la Mayenne, on avait en tête des trucs relatifs à la sorcellerie...

M.K. : J'ai constaté que depuis mon arrivée, il y a des situations que les gens vivent ici, qui sortent du cadre rationnel et dont ils souffrent, des maladies qu'ils ne comprennent pas. Et je constate qu'ils ont plus de facilité à approcher un prêtre africain pour lui en parler. Ils commencent par me dire : « Vous, au moins, vous pouvez nous comprendre car vous avez ce phénomène chez vous. »

Devant cela, le plus important pour moi est d'écouter la souffrance de la personne. Ma référence est cet évangile où la femme qui souffrait d'hémorragie se dit : « Si j'arrive à toucher la frange de son vêtement, je serai guérie ». Et elle a touché la frange du vêtement. Mais Jésus ne l'a pas laissée comme ça. Il a voulu établir une relation avec elle pour lui dire : « Ta foi t'a sauvée ». Ces gens qui viennent, même s'ils ont des réponses qui ne sont pas vraiment adéquates, je les écoute, j'essaie d'accueillir leur souffrance et de leur proposer Jésus-Christ.

La foi déplace les montagnes ! J'aime bien un titre du livre du cardinal Kasper : « Qui a la foi ne tremble pas ». Face aux difficultés qui les assaillent, les gens sont dépassés. C'est comme ça que la peur ouvre des fenêtres. Il faut retrouver cette confiance, ce qu'on appelle à faire ici car c'est le message de Pontmain. Retrouver la confiance en Dieu et lui confier ses difficultés.

(Martin KEDAH, omi)

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